L’accès à la terre agricole au Québec : des défis croissants et des solutions à envisager

Kaka Sory Kondo a intégré ÉVAGRI en mai 2024 à titre d’analyste en évaluation agricole. Originaire du Mali, il a complété son Baccalauréat en agroéconomie à l’Université Laval. Son sujet de stage ‘Les effets de l’augmentation du prix des terres sur la relève agricole au Québec’ est aujourd’hui d’actualité, le projet de Loi 86 visant à assurer la pérennité du territoire agricole et sa vitalité ayant été présenté le 5 décembre par le Ministre M. Lamontagne. L’article qui suit est une introduction au travail présenté par Kaka Sory Kondo.

Depuis plusieurs décennies, les prix des terres agricoles au Québec ne cessent d’augmenter, créant une situation de plus en plus complexe pour les jeunes souhaitant se lancer dans l’agriculture. Ce phénomène est le résultat d’une combinaison de facteurs, tels que la rareté des terres, l’urbanisation et la spéculation foncière. Ces enjeux mettent en péril non seulement la relève agricole, mais aussi la pérennité de l’agriculture québécoise, qui joue un rôle crucial dans la sécurité alimentaire et l’économie régionale.

Avec moins de 2 % de son territoire propice à l’agriculture, le Québec fait face à une compétition féroce pour les terres disponibles. Chaque année, entre 6 000 et 7 000 hectares de terres agricoles disparaissent au profit de projets résidentiels, commerciaux ou industriels. Cette urbanisation galopante réduit considérablement les espaces dédiés à l’agriculture et exacerbe la pression sur les prix. Parallèlement, la spéculation foncière, où les terres agricoles sont vues comme des investissements financiers, fait grimper les coûts, rendant l’achat presque inaccessible pour les jeunes agriculteurs.

Ces hausses de prix ont des répercussions directes sur la relève agricole. Le coût prohibitif des terres oblige souvent les jeunes sans patrimoine familial à s’endetter lourdement, augmentant ainsi la pression économique sur leurs exploitations. En outre, cette situation décourage nombre d’entre eux, qui se détournent de l’agriculture pour explorer d’autres secteurs. Ce désintérêt menace la vitalité du secteur agricole québécois, déjà confronté à une pénurie de main-d’œuvre.

Face à ces défis, plusieurs initiatives voient le jour pour protéger les terres agricoles et soutenir la relève. Parmi elles, des fonds comme le Fonds d’investissement pour la relève agricole (FIRA) ou la Fiducie agricole UPA-Fondaction offrent des solutions innovantes. Ces programmes permettent aux jeunes de cultiver des terres par le biais de locations à long terme ou de prêts avantageux, réduisant ainsi la charge financière initiale. Cependant, leur portée demeure limitée par des critères d’éligibilité stricts et des contraintes de financement.

Un modèle inspiré des Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER) en France pourrait également être adapté au Québec. Ces organisations rachètent des terres agricoles pour les redistribuer à des projets agricoles, empêchant ainsi leur acquisition par des acheteurs non agricoles. Bien que prometteur, un tel modèle nécessiterait des ajustements législatifs majeurs et un financement significatif.

Pour lutter contre la spéculation foncière, plusieurs solutions sont envisagées. La création d’une Société d’aménagement et de développement agricole du Québec (SADAQ) pourrait jouer un rôle similaire aux SAFER en intervenant sur le marché foncier. En parallèle, des incitations fiscales pour encourager la vente de terres à des jeunes agriculteurs ou la mise en place d’un registre public des transactions agricoles apporteraient davantage de transparence et freineraient les pratiques spéculatives.

Renouveler la main-d’œuvre agricole est également une priorité. Encourager l’immigration agricole et moderniser les formations en intégrant des compétences en gestion et innovation pourraient attirer une nouvelle génération d’agriculteurs. Ces mesures, combinées à un soutien accru des gouvernements et des institutions, contribueraient à revitaliser le secteur.

L’avenir de l’agriculture québécoise repose sur une vision globale, où la protection des terres agricoles, la lutte contre la spéculation et le soutien à la relève sont abordés de manière intégrée. Ces actions nécessitent une collaboration étroite entre tous les acteurs concernés. Protéger l’accès à la terre, c’est garantir un avenir pour l’agriculture, tout en soutenant notre sécurité alimentaire et en préservant notre patrimoine collectif. C’est un défi ambitieux, mais essentiel pour un Québec durable et prospère.

 
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  • Agronome Québec Évaluateur agréé